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Assassinat de Frédéric Bezin à Vauvert : la piste d'un violent différend avec des chasseurs

Après l'assassinat de Frédéric Bezin, 36 ans, devant sa propriété de Vauvert, dans le Gard, les gendarmes suivent la piste d'un contentieux avec des chasseurs.

Frédéric Bezin, assassiné froidement à Vauvert
Frédéric Bezin, assassiné froidement à Vauvert (©Facebook)

Après l'assassinat de Frédéric Bezin, un père de famille de 36 ans (marié, deux enfants) devant sa propriété gardoise de Vauvert, les gendarmes travaillent la piste d’un contentieux avec un chasseur. Pour l'heure, le mystère reste entier.

26 octobre 2021, 7h15, hameau de Gallician, commune de Vauvert, en Petite Camargue. Un matin comme les autres pour Frédéric Bezin, un fabricant et vendeur de clôtures en bois pour les prés et les parcelles de chevaux, qui rejoint sa petite entreprise pour une nouvelle journée de travail. Le négociant en bois, cavalier à ses heures, quitte la propriété familiale comprenant un haras, l'écurie du Monarque, et il est en train de refermer le portail, quand un coup de feu claque. Frédéric Bezin n’a pas le temps de comprendre, il s’écroule, tué d’une cartouche dans la tête. Son père inquiet de cette détonation accourt et découvre le drame.

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Le camion-benne de Frédéric Bezin incendié volontairement
Le camion-benne de Frédéric Bezin incendié volontairement (©Facebook)

Guet-apens

l'enquête établit rapidement que l'artisan est tombé dans un guet-apens tendu par un tireur posté à quelques dizaines de mètres à peine de l'entrée de la propriété, dissimulé probablement derrière un arbre ou une petite haie. Il est venu à pied et, son forfait accompli, a ensuite regagné un véhicule garé non loin de là. Il n’y a eu aucun témoin direct et les voisins les plus proches n’ont rien vu, ni rien entendu.

Pour les gendarmes de la section de recherches de Nîmes et de la brigade de recherches de la compagnie de Vauvert, il ne fait aucun doute : l'assassin est venu régler des comptes après avoir discrètement épié les habitudes de Frédéric Bezin et choisi l'heure propice pour l'abattre froidement. À 7 h 15, la portion de route du hameau isolé de Gallician qui longe la propriété du trentenaire est très peu fréquentée.

  • La mini pelleteuse et la remorque calcinées en pleine nuit
La minipelleteuse et la remorque calcinées en pleine nuit (©Facebook)

Incendies criminels

Depuis près de quatre mois, la famille de cet artisan modèle et travailleur qui ne comptait pas ses heures, ses amis et les enquêteurs sont taraudés par cette question : pourquoi ? Et qui avait une haine féroce au point de venir abattre ce trentenaire ? Les gendarmes découvrent que Frédéric Bezin avait des ennemis et établissent un lien avec des actes de vandalisme. Quelques mois avant son exécution, la victime avait déposé des plaintes contre X, après des incendies volontaires rapprochés : d’abord, dix tonnes de paille pour nourrir ses chevaux, puis, une petite pelle mécanique et sa remorque et enfin un camion-benne. Des feux criminels nocturnes.

À l'époque, à son père et aux gendarmes, Frédéric Bezin livre un détail qui est le fil conducteur de l'enquête sur son assassinat : un matin, peu après l'ouverture de la chasse, l'entrepreneur avait eu un litige, verbalement violent, avec quelques chasseurs qui tiraient le gibier beaucoup trop près des écuries, rendant nerveux les chevaux. Des cartouches dangereuses pour les deux jeunes enfants qui jouaient non loin de là. Le premier incendie volontaire est allumé quelques jours plus tard… Deux autres suivront. Les auteurs ont escaladé une clôture proche du portail pour mettre le feu avec du carburant. Des actes de vandalisme qui lui causent un préjudice matériel et financier, l'obligeant à mettre en sommeil sa société pendant deux mois.

Ennemis

Depuis l'exécution de Frédéric Bezin, les enquêteurs exploitent discrètement la piste du différend avec ces chasseurs, d’autant qu’il a été tué avec un fusil de chasse, par un nemrod confirmé qui a visé la tête. Des investigations minutieuses, notamment des expertises techniques, sont diligentées. Les gendarmes s’emploient à identifier les chasseurs présents à Gallician, lors du litige. Ils progressent chaque semaine. Mais, ils n’excluent pas le geste d’un concurrent, car, selon le témoignage de son père, Frédéric Bezin n’avait pas qu’un chasseur comme ennemi. Mais également semble-t-il des artisans gérant la vente du bois de clôtures et des propriétaires de ranchs, ne supportant pas son installation à Gallician, où il leur faisait de l'ombre. L'hypothèse d’une vengeance sentimentale et d’une jalousie familiale est écartée. 

« Les gendarmes vont mettre le temps qu’il faut, mais, grâce aux indices qu’ils engrangent, aux multiples auditions, l'assassin sera identifié », assure avec certitude une source proche de l'enquête. Un assassin qui ne doit pas habiter bien loin de Gallician.  

 

https://www.objectifgard.com/a-la-une/fait-du-jour-qui-a-assassine-un-pere-de-famille-sans-histoire-49102.php

 

Douze mois plus tard, force est de constater que, pour le moment, il n’y a pas de piste privilégiée et que les enquêteurs fouillent le moindre recoin pour essayer de faire éclater la vérité. Aucune arrestation ou mise en examen dans ce dossier criminel, après la mort de Frédéric Bezin, ce chef d’entreprise tué le 26 octobre 2021 à Vauvert.

Ce matin-là, comme tous les jours de la semaine, ce patron d’une société qui plante des barrières de protection autour des voies ferrées quitte son domicile. "Il a des habitudes, et tous les jours il part travailler à la même heure, après avoir nourri ses chevaux", indique une source proche du dossier. Dans ce quartier tranquille à la sortie de la commune de Vauvert, personne ne peut imaginer le drame qui va se jouer. À 7h30, la future victime, âgée de 35 ans, prend son fourgon pour se rendre sur un chantier. Il ne sait pas qu'il est attendu à son portail. Alors qu’il marque un temps d’arrêt à la sortie de sa propriété, un coup de feu éclate dans la nuit. Frédéric Bezin s'écroule. Le tireur parvient à quitter les lieux sans être vu dans cet endroit désert.

Un homme sans histoire

Le père de l’entrepreneur entend bien une détonation depuis sa maison située dans la même propriété, mais sans imaginer que son fils vient d’être pris pour cible. Mortellement atteint, l’homme marié et père de deux jeunes enfants, n’avait aucune chance de s’en sortir. Outre la surprise, le tireur tapi dans l’ombre l’attendait très près du portail. Il a tiré à 6-7 mètres au fusil de chasse. « C’est une exécution, un véritable guet-apens. La camionnette était arrêtée. Il est sorti de son véhicule et le tireur embusqué à fait feu. Il était attendu par une ou plusieurs personnes », confie l’avocat des parents et du frère de la victime, le pénaliste maître Philippe Expert.

Ce terrible matin d’octobre, le père de la victime surpris de voir le fourgon de son fils immobile au bout de quelques minutes, près du portail, va constater l’horreur… « C’est le papa qui va découvrir le corps de son fils,. C’est une histoire dramatique. Le juge d’instruction a reçu récemment la famille, les parties civiles. C’est un moment important pour eux. Ils attendent la vérité », poursuit maître Expert.

Depuis un an, l’enquête est confiée à la section de recherches de Nîmes. Le moindre détail est passé au peigne fin sans pour autant voir une éclaircie dans les investigations. Toutes les pistes ont été exploitées, décortiquées, mais rien n’y fait et, un an après, malgré l’audition de nombreuses personnes et des investigations tous azimuts, le visage de l’agresseur n’apparaît pas en filigrane.

Des incendies volontaires restés sans réponse

Si ce dossier est difficile a appréhender, c’est que ce mode d’exécution correspond au banditisme, à des règlements de compte entre voyous, mais absolument pas "au profil si lisse de cet homme qui s’occupait de ses chevaux dans sa propriété et de sa famille lorsqu’il ne travaillait pas", résume notre témoin qui souhaite conserver l'anonymat. En un an d’enquête, il n’a rien été trouvé de troublant ou d’inquiétant concernant ce chef d’entreprise ou son épouse et sa famille.

Pas de dettes, de dettes de jeux, aucune fréquentation douteuse, et pas de maîtresse ou d’amant dans ce couple secret qui n'avait pas de difficultés d'argent. Pourtant la victime avait déjà été visée les mois précédents son exécution par une série d’incendies délictuels sur sa propriété. Des sinistres qui avaient fait l’objet de plaintes à la gendarmerie mais dont le (ou les auteurs) n’est pas connu à ce jour.  Un engin de chantier avait brûlé, des outils, de la paille des chevaux étaient partis en flamme sans savoir à ce jour qui a allumé l'incendie avant le drame et surtout si les sinistres et le crime peuvent être reliés.

Le 26 octobre 2021, déjà, la procureure adjointe sur place, Véronique Compan, avait insisté sur le profil « sans histoire » de cette famille. Un homme déjà qualifié à l’époque de « tranquille » et « absolument pas connu de la justice ou des gendarmes ». « C’est vrai il s’agit d’un crime surprenant et atypique. Cet homme n’a jamais eu de querelles, de bagarre, de problèmes. Rien ne peut à ce stade laisser imaginer un crime pareil », complète le pénaliste nîmois qui fait confiance au juge et aux gendarmes pour résoudre cette énigme.

Ces derniers jours encore les enquêteurs de la SR ont procédé à des auditions. Un assassinat toujours impuni, avec une famille, une épouse, des enfants, qui attendent tous d’avoir une réponse à cette insoutenable attente.

Boris De la Cruz

* L’avocate de l’épouse et des enfants du chef d’entreprise a été contactée mardi après-midi. Elle n'était pas en mesure de répondre à nos questions au moment de nos sollicitations.

Boris De la Cruz